Les enjeux de la chirurgie assistée par robot : l’exemple en cancérologie ORL

Les Rencontres d’Hippocrate… lundi 18 septembre 2017 à 18 h 30

Université de Bordeaux, Amphithéâtre Ellul, Bordeaux

Stéphane HANS

Événement complet


Le robot Da Vinci est le seul robot chirurgical multidisciplinaire commercialisé par l’entreprise Intuitive Surgical© (CA, USA). Cette situation de monopole pose un problème notamment financier. Le coût du robot est de 2 millions d’euros avec une maintenance de l’ordre de 150 K-euros par an auquel il faut ajouter le coût des instruments et du consommable. Il existe dans le monde, dans les pays développés, plus de 4000 robots Da Vinci. En France (100 robots), il y a plus de robots chirurgicaux dans les établissements privés que publics. Ce qui est un avantage pour les établissements privés pour attirer les patients mais également les chirurgiens les plus performants.
La chirurgie assistée par robot s’est essentiellement développée à partir de 2000, en urologie et en gynécologie. Les premiers travaux sur l’utilisation du robot Da Vinci en cancérologie ORL date de 2006. Le robot Da Vinci en ORL est une technique innovante et a essentiellement deux intérêts :
i/ une excellente vision en trois dimensions,
ii/ la capacité des instruments à travailler dans un petit volume ce que l’entreprise dénomme « endowrist » mais également
iii/ la précision du geste chirurgical,
iv/la filtration du tremblement physiologique du chirurgien.
En cancérologie ORL, l’utilisation du robot permet une approche minimale invasive : les instruments du robot, le vidéoendoscope permettant la vision en 3D et les instruments chirurgicaux (par exemple, pince, bistouri électrique ou Laser) sont introduits par la bouche.
L’absence d’abord par voie externe, permet l’absence de communication entre le pharynx et l’extérieur ce qui évite une trachéotomie et une sonde naso-gastrique. Ainsi cette chirurgie assistée par robot est minimale invasive avec une réhabilitation précoce de la déglutition et des durées d’hospitalisation plus courte que les mêmes résections par voie externe.
En pratique, j’ai commencé cette chirurgie assistée par robot en cancérologie ORL en 2009 après une formation à l’IRCAD à Strasbourg et un stage de deux semaines dans un service à New York. L’enseignement de la chirurgie robotique en ORL reste confidentiel.
En France, moins de 10 équipes pratiquent cette chirurgie en cancérologie ORL. Sur l’ensemble des cancers ORL, seules les tumeurs de petit volume (classée T1 et T2) sont éligibles à cette chirurgie soit 20 à 30% des patients.
Dans mon expérience les patients sont demandeurs de ce type de chirurgie. Ils ont parfaitement compris l’intérêt en terme de durée d’hospitalisation et de qualité de vie. Les patients sont bien sûr informés comme pour tout acte chirurgical et notamment du risque de devoir convertir en voie externe si un problème survient. À ce titre, pour les jeunes chirurgiens qui désirent se former à la chirurgie assistée par robot, il est très important qu’ils apprennent également la chirurgie conventionnelle par voie externe.
Les prochaines années vont être marquées par l’arrivée sur le marché de nouveaux robots chirurgicaux. L’avenir de la chirurgie est très certainement à la robotique mais également au numérique et à la chirurgie par les orifices naturels. L’association chirurgie robotique et imagerie pré et per-opératoire permettra de relever de nouveaux défis. Ainsi, les interventions chirurgicales seront réalisées dans des salles « hybrides », dotées de systèmes d’amplification, de simulateurs, de GPS, de scanner et d’IRM permettant de se repérer en temps réel dans l’anatomie chirurgicale. Par exemple, avec l’imagerie « virtuelle » (pendant l’intervention réelle, l’imagerie du malade est superposée à l’organe à opérer), le chirurgien voit à travers les organes pleins, vérifie l’emplacement des veines et des artères et peut opérer en toute sécurité.
Ces nouvelles technologies dans le monde chirurgical vont entraîner des défis au niveau de la pédagogie afin de former les jeunes chirurgiens mais également tout le personnel du bloc opératoire mais d’une façon plus générale en terme de responsabilités du chirurgien, de l’équipe et du matériel.
Nous débattrons lors de cette conférence des enjeux éthiques.


Conférence prononcée par :

Stéphane HANS

Professeur des universités, praticien hospitalier à l’hôpital européen Georges Pompidou


Modérateur :

Christian Hervé

Professeur à l’université Paris-Descartes, directeur du laboratoire d’éthique médicale et de médecine légale, président de la SFFEM



Informations pratiques

Lundi 18 septembre 2017 à 18 h 30
Université de Bordeaux, Faculté de droit et science politique, amphithéâtre Ellul, 35 place Pey Berland, Bordeaux
tram A, B, Hôtel de ville
Accès libre, dans la limite des places disponibles, sur inscription préalable obligatoire.





Les Rencontres d'Hippocrate…

Créées en octobre 2010 dans le cadre de la politique d’ouverture à la Cité de la faculté de médecine de l’université Paris Descartes, animées par Christian Hervé, les « Rencontres d’Hippocrate… » sont des conférences ouvertes au grand public. Les « Rencontres d’Hippocrate… » s’exportent en 2016 à Bordeaux, sous l’impulsion des doyens des facultés de médecine et droit de l’université de Bordeaux et du président du conseil départemental de l’Ordre des médecins.
Lors de ces soirées, des personnalités du monde de la politique, de la santé, ou des sciences humaines et sociales, viennent échanger et débattre avec le public sur des thématiques d’actualité liées à la santé et l’éthique.