Vincente Fortier

Vincente Fortier

Entretien avec Vincente Fortier

Présentement, beaucoup parlent de laïcité, votre livre sur La religion dans les établissements de santé est donc d’actualité mais comment avez-vous appréhendé le sujet sans risque de polémique ?


Il est vrai qu’aujourd’hui le concept de laïcité véhicule une telle charge idéologique et politique qu’il est parfois bien malmené ! Or que signifie-t-il du point de vue juridique (auquel il faut, nous semble-t-il, toujours revenir afin de dépassionner le débat autour du phénomène religieux) ? La neutralité de l’Etat à l’égard du religieux, l’égalité dans le traitement des différentes religions et la liberté (de religion) garantie à tous. Ces trois principes (neutralité, égalité, liberté) sont essentiels. Par ailleurs, la laïcité est à la fois principe d’abstention et principe d’action. Cet ouvrage met en lumière la tension permanente qui irrigue, du reste, tout le droit des religions : d’une part, l’idée que l’adhésion à une religion ne peut justifier que le croyant puisse échapper au droit commun qui s’applique à l’ensemble du corps social ; d’autre part, l’idée que le respect effectif de la liberté de religion puisse impliquer dans certaines hypothèses, un assouplissement de la règle juridique, un aménagement raisonnable afin de tenir compte de cette dimension singulière et essentielle qu’est la croyance. C’est autour et à partir de cette dialectique, particulièrement sensible dans les établissements de santé, que cet ouvrage est construit, chacun des auteurs s’attachant à trouver le point d’équilibre entre des logiques contradictoires.

Jusqu’où peut-on aller au nom de la religion : refuser des soins et a fortiori des soins vitaux ?


Il faut revenir à une notion majeure, centrale qui est le consentement du malade aux soins qui lui sont prodigués et par voie de conséquence, à la possibilité qui lui est offerte de refuser ces soins. Le refus de soins peut effectivement être fondé sur la religion, le patient hiérarchisant, en quelque sorte, ses valeurs. Si, à ses yeux, sa vie terrestre est moins importante que son salut et que les soins prodigués heurtent de manière frontale ses convictions religieuses, qui suis-je pour le juger ? Bien évidemment encore faut-il que son choix ne soit pas contraint, qu’il ait pleine conscience des conséquences de ce choix. En d’autres termes, son consentement doit être libre et éclairé. Comme l’écrit François Vialla dans l’ouvrage, la question de l’autonomie de la personne se révèle essentielle dans l’approche du refus de soins.


Comme certains mettent leurs métaux à la porte du temple, doit-on mettre entre parenthèses ses convictions religieuses à la porte de l’établissement de soins ?


Deux situations doivent ici être distinguées : celle du soignant et celle du soigné. Quant au soignant, il a l’obligation de traiter indifféremment tous les patients et dès lors les croyances religieuses de ceux-ci sont sans incidence sur leur prise en charge. Par ailleurs, et en tant qu’agent public, pèse sur lui une obligation de neutralité selon laquelle il lui est interdit d’afficher ses convictions religieuses personnelles. Quant au patient, il n’est absolument pas concerné par une quelconque obligation de neutralité ! Le respect de ses convictions religieuses (qui participent le cas échéant de son bien-être) est garanti. En revanche, cette prise en compte de la religion doit parfois céder le pas devant des impératifs tenant au processus de soins, à l’hygiène par exemple. Bien évidemment, la liberté de conscience et la tranquillité des autres patients doivent également être respectées. Par ailleurs, les comportements discriminatoires sont prohibés.


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