Jean-Pierre Danos

À propos de l'auteur

Jean-Pierre Danos est le dirigeant du cabinet Albédo Conseil. Il intervient dans les établissements de santé et médico-sociaux sur les thématiques du temps de travail. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur le temps de travail à l’hôpital.

Entretien avec Jean-Pierre Danos

Votre dernier ouvrage est le fruit de plusieurs interventions auprès d’établissements de santé publics, privés et associatifs pour développer et organiser l’ambulatoire .Quel regard portez- vous sur l’ambulatoire en France ?



Jusque sur la période 2008/ 2010, la France accusait un important retard sur son niveau de pratique de chirurgie ambulatoire : c’était le dernier pays de l’OCDE avec un taux de 32 %. Depuis et sous la pression des politiques de santé, appuyées par « l’arme » de la T2A, ce taux est en train de s’améliorer sensiblement tant dans le public que dans le privé. Néanmoins, la T2A reste encore un frein important au développement de l’ambulatoire, notamment à cause des bornes basses sur les séjours en hospitalisation qui pourraient être réalisés en ambulatoire. En conséquence, alors qu’un grand nombre d’actes pourraient être traités en ambulatoire, ils le sont pour des raisons financières en hospitalisation conventionnelle. D’autre part, les modèles organisationnels inhérents à l’ambulatoire (gestion des flux, gestion du risque, démarche qualité, architecture) sont encore peu connus et diffusés dans les établissements de santé français.


Quels sont les enjeux pour les établissements de santé ? Et notamment les enjeux économiques ?



Il y a globalement un enjeu de compétitivité pour chaque établissement. Sur un territoire donné, l’établissement qui parvient en premier à développer l’ambulatoire induit une double attractivité : il attire plus de patients et voit son nombre de séjours augmenter en prenant des parts de marché aux concurrents mais il attire aussi les meilleurs praticiens, ce qui renforce sa dynamique d’activité. L’impact économique est immédiat. Inversement, l’établissement qui est en retard avec un taux d’ambulatoire faible voit sa compétitivité s’éroder. D’autre part, il y a un enjeu organisationnel fort : l’ambulatoire exige de revisiter les organisations des établissements et d’améliorer la performance en matière de parcours patients et de processus opérationnels et logistiques. Ce travail ouvre la voie à l’amélioration de l’efficience qui est l’un des aspects de la performance.


En quoi l’ambulatoire est stratégique pour un établissement de santé ?



Il est stratégique car comme nous l’avons vu, il renvoie à l’attractivité d’un établissement de santé vis-à-vis de ses partenaires et en premier lieu auprès des patients. Mais si on va plus loin, il questionne la pérennité de certains établissements ou pour les gros hôpitaux de certains pôles et leur place dans un territoire de santé. Ceux qui ne se transforment pas de manière pro active et suffisamment rapidement seront les perdants de demain. Il y aura des seuils d’activité en dessous desquels un établissement ou un pôle se retrouvera inévitablement menacé. Les tarifs vont baisser et les recettes également. Il faudra compenser par une augmentation des volumes de séjours traités, ce qui va intensifier la concurrence entre les établissements.


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