Valériane Dujardin

Valériane Dujardin

À propos de l'auteur

Valériane Dujardin, juriste, exerçant au sein de l’EPSM Lille Métropole (59 – Armentières) est également formatrice spécialisée en droit de la santé.

Entretien avec Valériane Dujardin

4 ans après la parution de votre première édition, en juin 2009, vous sortez une nouvelle édition. Comment expliquez-vous le succès de votre première édition ?


Les relations hôpital, police, justice interrogent le champ de la responsabilité, celui des obligations, avec pour dénominateur commun la question de la dimension du secret professionnel. La circonstance qu’il existait en juin 2009 peu d’écrits sur le sujet explique vraisemblablement l’intérêt porté par les professionnels vers cet ouvrage. En sa première édition, cet ouvrage se voulait un guide pratique, déclinant les situations auxquelles les professionnels de la santé pouvaient être confrontés. L’approche du sujet concernant une thématique questionnant de plus en plus lesdits professionnels, dans une époque d’inflation législative et réglementaire, contribua certainement à l’intérêt porté à cet écrit. Et en écho, au quotidien, des interrogations de professionnels, au sein de mon établissement, qui se font la lumière de préoccupations grandissantes.


Comment qualifiez-vous les relations hôpital, police, justice ?


Ces trois services publics prônent les mêmes valeurs, avec un langage tellement différent qu’il est une nécessité : celle de se rencontrer pour mieux se connaître. Les obligations respectives pesant sur l’hôpital, la police et la justice impactent les relations, notamment par la temporalité, très courte, pouvant amener des situations conflictuelles, alors que la visée recherchée reste celle de l’intérêt du sujet de droit. Les exigences de la société civile, le racolage médiatique visant des faits divers impliquant l’hôpital (le décès d’un enfant, le suicide d’un patient, l’infraction commise par une personne soufrant de troubles mentaux…), la pression des politiques viennent sans aucun doute complexifier les relations. Je relève, avec quelque quatorze années d’exercice professionnel au sein d’un établissement de santé mentale, une évolution réelle de ces relations, doublée d’une inquiétude des professionnels quant à leur responsabilité.


L’hôpital, reflet de notre société, est souvent exposé à un climat de tension, de violence, de désespoir, de grande fragilité sociale. Qu’apprenons-nous dans votre deuxième édition ?


Enrichie de près de 100 pages, cette deuxième édition aborde des thématiques nouvelles, telles que les obligations et injonctions de soins, le cadre légal des personnes faisant l’objet de soins psychiatriques, le refus de soins… Il me paraissait indispensable, au-delà d’une simple actualisation du manuscrit, d’approcher d’autres thématiques, toujours en écho aux questionnements posés dans le cadre de mon exercice professionnel. La tension, en effet, est palpable, dès lors qu’un incident est à déplorer (suicide, mort suspecte, violences sexuelles). Les questionnements relatifs aux situations relevant de la maltraitance mobilisent les professionnels, à la fois soucieux de prendre soin du sujet, et respecter le cadre légal, les droits de la personne. J’ai ainsi souhaité développer ces thématiques, afin de présenter rigoureusement les conduites à tenir, dans un contexte sociétal actuel qui peut être humainement difficile. L’hôpital, hospes, conserve sa fonction première d’accueil, en ce qu’il protège les personnes, dans le respect de leurs droits.

Il est aujourd’hui un équilibre délicat entre le droit à la protection de la santé et le respect des libertés individuelles, deux principes constitutionnels fondamentaux. Il est un exercice difficile de déterminer les règles juridiques venant relativiser la volonté de l’Homme. « Au nom de quoi ? », « Qu’est-ce qui impressionne le droit ? ». Ainsi, s’exprimait Francine Demichel dans son ouvrage Au nom de quoi ? Libre propos d’une juriste sur la médicalisation de la vie (coll. « Libre Propos », Les Études Hospitalières, juin 2006). Des propos qui ne cessent de m’interroger en tant que juriste, en droit de la santé. Le sujet des relations entre l’hôpital, la police et la justice pose collectivement les questions de la protection des individus, des droits des personnes, de la protection de l’ordre public et de la manifestation de la vérité.


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